lundi 8 mai 2006
Jean Lassalle : martyr des temps modernes ?
Par Anthony Stéphan, lundi 8 mai 2006 à 00:26 :: Société
Je découvre seulement maintenant la grève de la faim de Jean Lassalle (mars-avril 2006) dont le but était d'empêcher la délocalisation de la société Toyal Europ. Fait pathétique qui a en plus porté ces fruits, l'Etat est intervenu pour acheter l'abandon de ce projet de délocalisation auprès de l'entreprise.
Il faut savoir en premier lieu qu'il s'agissait d'une délocalisation de la France vers la France (de 65 km !), ce qui rend encore l'affaire plus risible qu'elle ne l'est. Ce qu'a fait ce monsieur, ce n'est pas un acte courageux mais un acte purement égoïste car les quelques emplois qui allaient être perdus à un endroit auraient été proposés à un autre endroit, à d'autres personnes. En plus de cela, cette délocalisation aurait rendu service à l'entreprise dans le cadre de son développement et aurait réduit considérablement les risques de pollution dans l'avenir. Il va sans dire que c'est ce dernier point qui lui est reproché depuis la fin de cette affaire.
Pourquoi s'y opposer ? Pour son petit confort personnel et pour le coup de publicité !
Après avoir bien rigolé une première fois, je me suis renseigné pour savoir qui était cet homme et j'ai découvert sans grande surprise que c'était un politique de l'UDF. Tout est bon pour dire non et faire son numéro à l'UDF, c'est amusant un temps mais malheureusement cela tourne souvent rapidement au ridicule. La preuve une fois encore avec un homme qui croit qu'en entamant une grève de la faim, en se positionnant en tant que martyr, il donne de la crédibilité à sa position. Cette idée, très chrétienne dans l'acte, me renvoie naturellement vers Nietzsche.
"Que des martyrs prouvent quelque chose quant à la vérité d'une cause, cela est si peu vrai que je veux montrer qu'aucun martyr n'eut jamais le moindre rapport avec la vérité. Dans la façon qu'a un martyr de jeter sa certitude à la face de l'univers s'exprime un si bas degré d'honnêteté intellectuelle, une telle fermeture d'esprit devant la question de la vérité, que cela ne vaut jamais la peine qu'on le réfute. La vérité n'est pas une chose que l'un posséderait et l'autre non (…). Plus on s'avance dans les choses de l'esprit, et plus la modestie, l'absence de prétentions sur ce point deviennent grandes : être compétent dans trois ou quatre domaines, avouer pour le reste son ignorance (…). Les martyrs furent un grand malheur dans l'histoire : ils séduisirent. Déduire (…) qu'une cause pour laquelle un homme accepte la mort doit bien avoir quelque chose pour elle - cette logique fut un frein inouï pour l'examen, l'esprit critique, la prudence intellectuelle. Les martyrs ont porté atteinte à la vérité. Il suffit encore aujourd'hui d'une certaine cruauté dans la persécution pour donner à une secte sans aucun intérêt une bonne réputation. Comment ? Que l'on donne sa vie pour une cause, cela change-t-il quelque chose à sa valeur ? (…) Ce fut précisément l'universelle stupidité historique de tous les persécuteurs qui donnèrent à la cause adverse l'apparence de la dignité." - Nietzsche
Et bien, nous y sommes encore en 2006 ! Et François Bayrou qui salue "l'héroïsme" de Jean Lassalle...